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Interview - Eat My Teeth - 2025

  • Photo du rédacteur: Xzvrey
    Xzvrey
  • il y a 3 heures
  • 21 min de lecture

Ah, Eat My Teeth... ces jeunes polonais sont tout simplement incroyables : créatifs, imaginatifs, adorables et sacrément doués ! Ce sont aussi de bons amis avec qui j'ai eu l'occasion de partager l'affiche par deux fois déjà. Eat My Teeth, c'est le Deathrock à son état le plus brut et magnifique, une véritable oraison funèbre pleine d'émotions complexes et puissantes. Jamais groupe n'aura été aussi impressionnant de créativité. Ces jeunes gens sont tout simplement fabuleux, et il aurait été dommage de rendre les armes du zine avant d'avoir eu l'occasion de leur donner la parole. Je suis fier de vous présenter l'une de mes plus grande claques atomiques de tous les temps.

-Propos recueillis par Xzvrey en 130 avant Jésus Christ 🤪





1/ Helloooo chers amis des ténèbres. Je suis tellement heureux d’interviewer mon groupe de Deathrock préféré dans mon modeste zine. Comment allez-vous ? Quelles sont vos activités en ce moment ? Donnez-vous des concerts en Pologne et dans d’autres pays ?

Apolonia : Salut ! Ça va bien, merci. Les zines « pourris » ne sont-ils pas le sel de la terre, surtout à une époque dominée par des contenus vidéo courts, sans transcription disponible, que l’on ne peut pas lire tranquillement ?


Natt : Merci de nous avoir invités à participer à cette interview – nous apprécions toujours ton soutien, et c’est un plaisir d’apparaître dans ton zine. Je dirais que nous allons aussi bien que possible en ces temps dystopiques. Nous continuons à faire ce que nous avons à faire, après tout, et rien ne laisse penser que nous comptions arrêter. Nous nous concentrons actuellement sur le travail en studio, mais nous avons également plusieurs concerts enthousiasmants prévus cette année, en Pologne comme à l’étranger.



2/ Passons aux questions classiques avant d’explorer plus en profondeur vos esprits : pourriez-vous nous raconter l’histoire d’Eat My Teeth ? Pourquoi ce nom ? Quel type de musique jouez-vous selon vos propres mots ? Qui sont les musiciens impliqués ?

Natt : Apolonia est à la basse, Prot à la batterie, et Din est notre guitariste et s’occupe également des parties noise. Nous avons récemment « kidnappé » Samson pour qu’il joue la seconde guitare avec nous, et je suis le chanteur et parolier du groupe. Tout a commencé en 2021, alors que j’étais encore au lycée, et je suis le seul membre présent depuis les débuts du groupe. Le nom a été inventé par Wrenne, ancien guitariste d’EMT, et il n’y avait pas de signification profonde derrière cela : il s’agissait simplement de trouver quelque chose qui reste en tête. Aujourd’hui, toutefois, j’aime l’interpréter de nouvelles manières. Comme je l’ai dit précédemment, nous continuons simplement à faire ce que nous faisons, et nous continuerons. Les autres peuvent avaler nos dents – acérées, pourries et inconfortables, elles devraient rester dans nos corps, et pourtant nous les crachons sur scène. Malgré une confusion que nous rencontrons assez souvent, il ne s’agit pas d’une référence à Eat Your Makeup, même si j’apprécie personnellement autant le groupe que l’univers de John Waters. Nous qualifions notre musique d’anarcho-deathrock, car nous tenons à conserver une approche DIY et brute : la décomposition n’a pas un son poli. Il semble par ailleurs que jouer du punk ne suffise pas toujours pour que les gens comprennent clairement où l’on se situe moralement.




3/ Il n’y a pas si longtemps, vous figuriez sur la compilation Warsaw After Midnight et nous (vos fans) avons pu découvrir quatre de vos morceaux. Comment ce projet d’album partagé est-il né ? Les quatre groupes sont-ils originaires de Varsovie ?

Natt : C’était une idée de Błażej Grygiel, le fondateur de Musica Tenebris, le label qui a sorti Warsaw After Midnight. Błażej nous a contactés au sujet de ce projet à l’époque de la première édition du festival HEX&SEX, que nous coorganisions avec les autres groupes présents sur la compilation. Natures Mortes est le seul groupe figurant sur le disque qui n’était pas basé à Varsovie à ce moment-là.


4/ Voici LA grande question : quand pouvons-nous raisonnablement espérer une nouvelle sortie de votre part ? Peut-être un album ? Comment organisez-vous le travail au sein d’Eat My Teeth ? Qui écrit les morceaux, les paroles ? Qui s’occupe des visuels ? Que faites-vous avant et après les répétitions ?

Din : En ce qui concerne la composition, aucun morceau n’est l’œuvre d’une seule personne. Nos chansons sont toujours une sorte de collage collaboratif. Cela commence généralement par une mélodie simple et répétitive, que nous laissons évoluer librement au fil du temps. Ces morceaux sont les nôtres, et je pense que chacun de nous y exprime beaucoup de choses.


Apolonia : La ou les sorties arrivent bientôt, et ce n’est que le début ! Le processus de composition est généralement un travail collectif, qui part souvent d’une idée proposée par notre guitariste principal ou par la basse, puis développée ensemble, et qui finit fréquemment par être entièrement remaniée dès que les paroles, les lignes vocales ou de nouvelles idées s’y ajoutent. Natt est un parolier complètement fou. En considérant la voix comme un instrument à part entière plutôt que comme un simple élément posé sur la musique, ses idées de textes et l’atmosphère qu’il souhaite donner peuvent littéralement transformer un morceau de fond en comble ou, comme cela s’est déjà produit, nous conduire à travailler sur une nouvelle chanson en l’espace de quelques minutes si le concept nous enthousiasme.


Natt : Il m’arrive parfois d’apporter une ligne vocale déjà prête sur laquelle je souhaite construire un nouveau morceau, mais cela reste rare. Le plus souvent, j’élabore mes parties et mes textes à partir des sensations que m’inspire la partie instrumentale. Cela fait remonter à la surface quelque chose de mon subconscient, et cela a pour moi une dimension thérapeutique. Nous n’avons pas véritablement de rituels de répétition, mais certains membres vivent ensemble, ce qui nous permet de poursuivre le travail à la maison. Concernant les visuels, même si j’ai dessiné la pochette de notre démo et que j’aimerais intégrer davantage de mon propre travail graphique à l’avenir, nous collaborons généralement avec des amis talentueux. La pochette de notre récent single No Harm a été réalisée par Zyava, qui a également conçu nos deux logos. L’artwork de Salt Into My Eyes a été créé par Sara Ładziak.



5/ Avant la sortie du split CD, vous avez publié une K7 autoproduite contenant trois titres. J’en ai obtenu un exemplaire (chanceux que je suis, car elle est partie très vite). Si mes souvenirs sont exacts, c’est Mei (Apolonia) qui a fabriqué les cassettes elle-même ? Envisagez-vous de renouveler l’expérience ?

Apolonia : C’est exact. Notre démo, contenant les premières versions de nos singles récents, a été enregistrée (directement sur bande, bien sûr) dans notre ancienne salle de répétition, puis dupliquée chez moi, à l’époque avec un seul lecteur. Les pochettes étaient peintes au marqueur, dessinées par Natt, et le nom du groupe était signé sur des pansements collés sur la coque des cassettes. DIY or die. C’est d’ailleurs ce qui a lancé mon label Daub Conductions, qui publie principalement des musiques locales sombres, abrasives et indépendantes, aujourd’hui avec une esthétique plus soignée. As-tu ton exemplaire de l’album complet de Natures Mortes sorti l’an dernier ? Il me reste peut-être encore une copie. Quant au format physique des prochaines sorties d’EMT, je crois que tu sais déjà où regarder prochainement.





6/ Parlons de vos goûts musicaux. Quels sont vos disques et groupes préférés ? Comment votre culture musicale influence-t-elle votre propre musique ?

Natt : Parmi les groupes que j’apprécie, on peut citer Cemetery, Blue Cross, The Phantom Limbs, Moira Scar, Bone Orchard, Martyr Whore, Nietzsche’s Bitch et Moral Hex. Au moment où j’écris cette réponse, j’écoute le CD de Toxicities Babies, et récemment je me suis plongé dans la musique des années 1920 et 1930, ainsi que dans Wendy O’ Williams.

En 2022, j’ai eu le plaisir de voir Les Tétines Noires en concert à Varsovie, dans le club Pogłos, qui n’existe plus aujourd’hui. Ce soir-là, en temps réel, j’ai acquis une confiance intérieure me permettant de créer une performance scénique sans aucun moment de honte, en observant ce qui, de l’extérieur, aurait pu sembler en comporter un.

Je suis un grand admirateur de Rozz Williams, et c’est une influence que j’assume pleinement et que je cite souvent. De manière générale, je fais beaucoup de références à des œuvres que j’aime personnellement. Si une forme artistique parvient à me toucher, j’en adapte certains éléments pour transmettre mon propre message.

À l’école primaire et au collège, j’étais très attiré par le visual kei, puis par Marilyn Manson, et je dirais que ces deux univers ont profondément marqué ma présence scénique. Je suis certain que c’est de là que vient l’attention que j’accorde à l’aspect visuel, et que le choc est devenu ma langue maternelle artistique.


Samson : Ma musique préférée a toujours été liée au rock. Au lycée, j’écoutais principalement du nu-metal, du metal/rock alternatif et du rock progressif. Je me souviens avoir été fasciné par l’absurdité de morceaux comme Vicinity of Obscenity de System of a Down, ou par la psychose alimentée par les théories complotistes de Rosetta Stoned de TOOL.

Ce n’est qu’il y a environ trois ans que j’ai commencé à explorer plus largement la musique gothique. Parmi mes groupes préférés figurent Tones on Tail, The Birthday Party, Specimen, Bloody Dead and Sexy, Malaria! et Cemetery.

Actuellement, en dehors du goth/deathrock, j’apprécie également le rock & roll des années 60, le psychobilly, la synth-pop et le chant diphonique mongol. L’un des groupes les plus influents pour moi reste The Cramps : j’adore leur énergie sexy-horror, Human Fly est l’un de mes morceaux préférés de tous les temps, et c’est d’ailleurs pour eux que j’ai choisi une guitare Gretsch hollow-body.


Apolonia : C’est assez amusant, car bien que cette question soit très classique dans les interviews, j’ai remarqué à quel point mes réponses ont évolué au fil des années. Pas tant concernant mes disques préférés, mais plutôt concernant la notion d’influence et ma propre compréhension de celle-ci.

Je pensais autrefois que l’influence était un phénomène assez linéaire. Avec le temps, elle est devenue plus fragmentée, et il est désormais difficile d’y répondre de manière directe.

Très impliquée dans les scènes expérimentales, drone, industrielles ou punk/hardcore, l’influence de mes disques, mouvements et personnalités préférés est indéniable : c’est notre manière de penser, de parler, d’être.

Ma vision de la musique — ou devrais-je dire de l’art en général — a été profondément bouleversée lorsque j’ai découvert tout l’univers de l’industriel, du dark ambient et du rock expérimental via un forum en ligne, il y a plusieurs années. Cela a transformé ma compréhension globale de l’art, m’a attachée à certains instruments, m’a poussée à accorder davantage d’attention aux détails, à donner plus d’importance au SON qu’à la simple chanson, et m’a conduite plus profondément vers la philosophie et bien d’autres domaines. Voilà ce que des années passées à explorer l’univers de Temple ov Psychick Youth peuvent faire à quelqu’un…

Aussi étrange que cela puisse paraître, bien que je sois profondément impliquée dans ces scènes, ce qui influence mon jeu et ma contribution musicale au sein d’Eat My Teeth ne provient pas nécessairement des morceaux que j’écoute le plus, mais plutôt d’un besoin d’équilibre entre les styles dont nous nous inspirons et que je peux apporter.

C’est ce qui rend notre musique intéressante et véritablement nôtre. Des lignes de basse punk sous des guitares plaintives pour accentuer l’impact, un break hardcore au milieu d’un morceau pour donner de l’élan au pont, un changement de tempo lourd à la Black Sabbath ? Bien sûr. Je n’ai toutefois pas encore entendu notre batteur placer un d-beat dans l’un de nos morceaux, et j’ai de sérieux doutes quant à la réaction du reste du groupe si cela devait arriver !


Din : Eat My Teeth serait certainement très différent si nous ne savions pas combiner nos goûts variés et les nombreuses influences qui nous traversent. Nous ne cherchons pas volontairement à faire quelque chose de particulier. Nous essayons de laisser la musique se déployer et se révéler d’elle-même.




7/ Vous ne me semblez pas très âgés : comment êtes-vous entrés en contact avec la culture gothique et deathrock ? Qu’est-ce qui vous a attirés la première fois ? Quel souvenir gardez-vous du moment où vous avez pris conscience de l’existence d’une telle culture et d’une telle scène ?

Din : Pour ma part, la découverte du goth n’a pas été le fruit d’une recherche consciente. Je viens d’un milieu totalement étranger à la musique et à l’art. J’ai simplement réalisé à un moment donné qu’il existait un groupe de personnes passionnées par des choses très similaires à celles qui m’intéressaient. Je me suis alors dit : « Bien, je ne suis donc pas le seul marginal », et qu’il existait un terme pour qualifier cette marginalité.

Je pense que c’est le goth qui, au final, nous rassemble et nous unit. C’est notre langage artistique commun.


Natt : Enfant, mon père m’a fait découvrir des groupes comme Skinny Puppy, The Cure ou Siekiera, mais sans les associer à la sous-culture gothique.

C’est au collège que j’ai commencé à découvrir consciemment la musique gothique, simplement en cherchant de nouvelles musiques sur lesquelles me passionner. Je ne me suis pas vraiment posé de questions : le goth me paraissait être une évidence.

J’aimais cette musique parce qu’elle correspondait aux sentiments que je portais déjà en moi, elle leur offrait une bande-son au lieu de les anesthésier. J’ai toujours été attiré par des thématiques morbides, même enfant, et il s’agissait aussi pour moi de trouver une communauté de personnes partageant cette sensibilité.

J’ai été immédiatement attiré par le deathrock, car il correspondait exactement à ce que j’étais déjà : androgyne, queer, brut, plus confrontant, visuel et maximaliste, explorant des thèmes morbides et tabous. Je me suis donc très vite défini comme deathrocker, car cela me convenait parfaitement.

Au départ, je me suis senti compris et accueilli. Avec le temps, toutefois, mon regard est devenu moins optimiste. En observant l’ignorance et l’hypocrisie de certaines personnes de la scène, je me sens aujourd’hui plus en colère que jamais. Je me sens d’une certaine manière déçu.

Dans le même temps, j’ai trouvé ma communauté ici, ainsi qu’un espace pour créer et m’exprimer. Je reste reconnaissant pour toutes les opportunités et les amitiés que cette scène m’a apportées.


Samson : J’ai toujours été attiré par l’occultisme, les théories du complot, la cryptozoologie et diverses expériences scientifiques moralement discutables des années 50 et 60.

Je pense que ces thèmes macabres m’ont progressivement orienté vers la sous-culture gothique. J’aime également beaucoup m’exprimer à travers les vêtements.

Lorsque j’ai emménagé à Varsovie, j’ai commencé à fréquenter des lieux susceptibles de m’intéresser. J’y ai rencontré des personnes déjà impliquées dans la scène gothique, et j’ai peu à peu appris d’elles, tant sur la musique que sur la sous-culture dans son ensemble.

Je me suis rendu compte qu’un grand nombre de choses que j’aimais déjà étaient considérées comme gothiques, sans même que je le sache. Peu après, j’ai commencé à assister à tous les concerts, soirées dansantes et événements que je pouvais trouver.

L’un des événements dont je me souviens le plus est le premier concert d’Eat My Teeth auquel j’ai assisté. Je ne faisais pas encore partie du groupe à ce moment-là, mais ce soir-là, j’ai rencontré de nombreuses personnes de la scène locale qui sont devenues par la suite des amis proches.


Apolonia : J’ai toujours eu le sentiment que le deathrock, tel qu’il est aujourd’hui, était plus « nouveau » pour moi que pour le reste du groupe lorsque j’ai commencé la basse.

Bien sûr, j’aimais déjà certains classiques du genre depuis que j’avais découvert le terme sous une vidéo YouTube d’un morceau de Theatre of Ice, si je me souviens bien. Je connaissais l’existence historique de la scène, et, en grande passionnée de musique expérimentale, j’avais déjà apprécié certaines collaborations inter-genres et histoires, plus ou moins connues (je pense à toi dans les deux cas, Rozz).

Mais je ne suivais absolument pas ce qui se passait dans la culture gothique contemporaine. Cela m’a frappée comme un cours accéléré, imprévu mais extrêmement stimulant, sur l’histoire moderne de la scène.

Les années ont passé, et je ne le regrette pas, même si je me surprends à revenir sans cesse aux mêmes classiques.




8/ Pour moi, la meilleure manière de découvrir Eat My Teeth est en live. C’est extrêmement puissant, un véritable spectacle deathrock avec esthétique et tension. Quelle est l’importance du live pour le groupe ?

Natt : Je considère EMT avant tout comme un groupe de scène, et moi-même davantage comme un poète et un artiste performeur que comme un musicien.

Les expériences live rassemblent les gens, et je pense qu’à l’ère actuelle dominée par la technologie et Internet, cela est particulièrement important. Nous faisons de notre mieux pour que l’expérience soit inoubliable.


Samson : Bien que je sois relativement nouveau dans le groupe, je pense que l’un des grands atouts du live réside dans la possibilité de s’exprimer non seulement par la musique, mais aussi par sa dimension théâtrale.

Les concerts peuvent briser la barrière entre les artistes et le public. Pour moi, il est toujours important d’imaginer de nouvelles idées afin de surprendre et divertir le public.

La scène est également un espace où l’on peut mettre en lumière des sujets importants et attirer l’attention sur des problématiques qui méritent d’être abordées. Nous devons l’utiliser avec discernement et oser parler de ce qui nécessite une prise de position.



9/ Natt Nemesism, votre chanteur, possède une présence scénique très puissante et une voix très singulière. Cela m’amène à te demander, Natt : as-tu pris des cours de chant ou as-tu tout appris par toi-même ?

Natt : J’ai suivi des cours de chant extrême, où j’ai appris les techniques de scream. En dehors de cela, j’ai assisté à quelques cours de chant durant mon enfance, mais sans grand succès : personne n’a réellement réussi à m’apprendre à chanter.

Au moment de la création d’EAT MY TEETH, j’ai commencé à mélanger différentes techniques afin de développer mon propre style et masquer le fait que je ne savais pas vraiment chanter.



What a fucking memory !
What a fucking memory !
10/ Nous avons eu la chance de jouer ensemble à Rogoźnica pour le Batbeque/Chlewik Party. Quels souvenirs gardez-vous de ce festival ? Quels groupes vous ont le plus marqué ?

Natt : En toute honnêteté, parmi les groupes, c’est votre performance dont je me souviens le plus vivement. J’aurais aimé voir davantage des formations qui ont joué, mais je me rappelle avoir été extrêmement fatigué et en manque de sommeil cette année-là.

J’aime beaucoup me rendre à Rogoźnica. Je trouve que Haunted House est une initiative formidable, que j’encourage à soutenir, et j’apprécie énormément la nature environnante. Ainsi que l’église à proximité !


Apolonia : Que de merveilleux souvenirs à Rogoźnica, année après année ! J’ai aimé les performances de nombreux groupes, aussi bien ceux que je connaissais déjà que ceux que j’ai découverts sur place : Cierń, Kurschatten, Dicephal Mortus avec l’incroyable performance d’Aurum Putrefactum, Dear Deer, et bien sûr The Last Oath en 2023 :)


Samson : J’ai malheureusement manqué le Batbeque où The Last Oath jouait, mais nous avons tout de même pu nous retrouver lors du Hex & Sex 3.

Parmi mes meilleurs souvenirs du dernier Batbeque, je citerais le jour où j’ai décidé de me baigner tout habillé dans le lac voisin. Ensuite, Din et moi avons couru dans la forêt pour grimper aux arbres et manger des glands comme nos ancêtres des milliers d’années auparavant.

Plus tard dans la même journée, j’ai eu l’occasion d’entendre Twisted Nerve en live, ce qui fut une expérience remarquable, et j’ai décidé de retourner me baigner dans le lac (cette fois aux côtés de Marta de 25 Jesuses of Fear).

Après tout cela, trempés et couverts d’algues, nous avons décidé d’aller danser dans la grange lors du DJ set de l’afterparty.



11/ En plus du soin apporté à votre musique, vous avez également beaucoup travaillé votre apparence. Le résultat est particulièrement efficace. Quelles sont vos inspirations pour vos tenues de scène ?

Natt : Ces derniers temps, je porte principalement du beige intégral sur scène, ce que je projetais de faire depuis plusieurs années. Je l’interprète comme la couleur de la décomposition, à la fois physique et, compte tenu de sa domination actuelle dans la mode et le design, spirituelle.

Je considère la mode comme une forme de transgression, et non comme un simple choix esthétique. Je cite et détourne souvent les normes de genre, les attentes et les préjugés, depuis ma perspective transgenre. J’aime conserver un aspect grotesque.

Les lunettes de soleil que je porte récemment sur scène sont une déformation du stéréotype de la rockstar, ainsi qu’une interrogation sur la place qu’il occupe encore dans le divertissement contemporain.

Je peins mon visage en blanc afin de créer une toile vierge que je peux modeler à ma guise. J’y trace un X, symbole d’exclusion sociale, en référence aux femmes de la Manson Family. Chaque élément de mon apparence possède une signification et une source précise.


Din : Pour moi, il s’agissait toujours de tenter d’atteindre quelque chose d’envoûtant, de reproduire ce que j’ai vu chez certains personnages des films allemands des années 1920.

Dans notre groupe, les couleurs ont un sens ; elles constituent une autre partie du récit. Il faut écouter, mais aussi regarder.


Samson : Depuis presque ma première apparition sur la scène locale, on me connaît comme « le goth pirate ». Je porte souvent un chapeau de pirate que j’aime beaucoup.

Pour mes tenues, je puise mon inspiration dans de nombreuses sources : la mode des années 80, des artistes que j’apprécie, des jeux vidéo à l’esthétique marquante ou simplement des concepts qui me semblent intéressants.

Il y a quelque temps, j’ai porté plusieurs tenues inspirées de l’apparence de Screaming Lord Sutch, Adam Ant et Alien Sex Fiend. À l’avenir, je songe à une tenue inspirée du jeu Bloodborne, ainsi qu’à un concept faisant référence à L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde.



12/ L’underground gothique regorge de légendes classiques, c’est un fait. Mais ces dernières années, de nombreux groupes incroyables ont émergé (comme Eat My Teeth… les connaissez-vous ?). Portez-vous attention à la fois aux classiques et aux formations récentes ? Avez-vous des recommandations ?

Samson : J’essaie de me tenir informé de tout, mais je découvre principalement les groupes lors des concerts.

Parmi les formations actuelles, je recommande vivement Tiss Vampiric : leur performance au Return to the Batcave 2024 m’a profondément impressionné.

J’apprécie également Cataphiles, qui proposent un travail remarquable et que j’ai vus plusieurs fois en concert. Parmi les morceaux que j’ai récemment découverts et beaucoup aimés figurent Seven Eyed Horse de Cyan Revue (recommandé par Din) et Death of Nation de Detoxi.

Concernant la scène locale, je tente de suivre l’émergence de nouveaux groupes. Récemment, mes amis d’Apokalipstick (la formation basée entre Poznań et Wrocław) ont donné leur premier concert à Varsovie et prévoient bientôt la sortie de leur premier EP.


Natt : J’écoute aussi bien des groupes anciens que récents, selon ce qui suscite mon intérêt.

Je ne dirais pas que se limiter aux classiques n’a aucun sens ; si c’est ce qui vous parle, cela a évidemment toute sa valeur. Mais ce sont les groupes récents qui maintiennent la scène vivante.

J’aime beaucoup Moira Scar, Illegal Funeral et Tiss Vampiric (et j’ai même fait tatouer sur mes côtes la phrase « Take It, Eat It, This Is My Body » signée par Tiss).

J’adore les autres groupes de Din et Prot, et j’apprécie énormément Apokalipstick. Évidemment, le CD de The Last Oath nous a également accompagnés lors de nombreux trajets en voiture.

Pour ma part, je n’écouterais jamais des dégénérés tels qu’EAT MY TEETH.


Din : Pour moi, des groupes comme CAN et NEU ont toujours été essentiels. Mais c’est en découvrant Les Tétines Noires que j’ai rencontré quelque chose de véritablement différent et nouveau.


Apolonia : Je me retrouve toujours à revenir aux racines du deathrock et de l’anarcho-punk avec Rudimentary Peni, ce qui n’est pas un secret si vous m’avez déjà entendue jouer.

En dehors de cela, et du déjà mentionné Theatre of Ice, je me suis beaucoup amusée avec des découvertes faites sur Internet via de petits labels ou Bandcamp, ainsi qu’en concerts locaux, comme Chain Cult, Rakta ou Orgy du groupe goth punk Infidel, qui demeure l’un des EP que j’ai le plus écoutés dans les années 2010.

Ah, j’allais presque oublier la mention obligatoire de Poison Ruïn que cette question appelle.




13/ En dehors d’Eat My Teeth, êtes-vous impliqués dans d’autres projets ? Groupes, zines, radios ? Je sais que vous faites partie du festival Hex & Sex à Varsovie. Pourriez-vous en dire quelques mots ?

Din : En plus d’EMT, Prot et moi sommes impliqués dans deux autres groupes : 25 Jesuses of Fear et Mekanical Menagerie. Cela m’aide à déterminer quelles idées correspondent le mieux à notre projet principal et à canaliser une partie de ma créativité débordante.


Apolonia : En dehors du label, j’anime également une émission de radio en ligne intitulée « dust dunnies », où je diffuse toutes sortes de musiques mélancoliques et alternatives, principalement issues de compilations synth, ambient et industrielles. Vous pouvez l’écouter un samedi sur deux à 23h.

L’année dernière, j’ai été très occupée par l’organisation de concerts, principalement punk, mais pas exclusivement, à l’échelle locale. Cela se poursuit cette saison, alors restez attentifs si vous venez à Varsovie afin de ne rien manquer.


Natt : HEX&SEX est un festival goth DIY à Varsovie dont nous sommes actuellement les principaux organisateurs. Nous avons déjà coorganisé trois éditions et travaillons actuellement sur la quatrième.

En plus des groupes, nous accueillons des exposants DIY et des lecteurs de tarot. Lors de la dernière édition, nous avons eu le plaisir d’inviter pour la première fois des artistes étrangers, dont Hihelga des États-Unis, ainsi que vous, chers amis – merci encore. Ce fut un véritable plaisir de vous recevoir.



14/ Vous êtes originaires de Varsovie, capitale de la Pologne. Comment se porte l’underground là-bas ? Disposez-vous d’un public, de salles, de groupes nombreux ? Comment est-ce d’être gothique dans votre ville ?

Natt : Lorsque j’ai commencé à fréquenter les événements locaux, il n’existait pas de véritable jeune scène goth artistique ici. Je rencontrais très peu de personnes de mon âge et le deathrock n’était pas du tout aussi populaire qu’aujourd’hui.

La situation a évolué rapidement. Nous avons connu un essor qui a donné naissance à une scène bien réelle, même si elle n’est plus aussi « tendance » qu’il y a deux ans.

Je dirais qu’elle est devenue plus expérimentale et, bien que légèrement plus restreinte, plus diverse. Elle est très sincère, très DIY, presque chacun y crée sa propre œuvre. Je la perçois également comme fortement engagée socialement, ce que j’apprécie.

Je parle ici de la scène goth-punk. Parallèlement, il semble exister un phénomène de « goths » d’extrême droite, voire ouvertement nazis, qui fréquentent d’autres lieux que les nôtres et ne participent pas à nos événements.

Nous attirons à la fois un public goth et punk, et j’en suis heureux. Même si nous vivons dans une capitale, je ressens un manque amer de lieux alternatifs, car ma règle est simple : si des nazis s’y sentent en sécurité, je n’y mets pas les pieds.



15/ Comment pouvons-nous soutenir votre groupe dès maintenant ? Avez-vous des besoins spécifiques (tournée, enregistrement, etc.) nécessitant de l’aide ? Peut-être certains lecteurs du zine seraient-ils prêts à vous donner un coup de main.

Natt : Nous sommes très ouverts à différentes propositions. Nous aimerions beaucoup jouer dans de nouveaux lieux.

Si vous, cher lecteur, souhaitez entreprendre quelque chose avec nous, envoyez-nous simplement un message : nous serons ravis de construire un projet ensemble.




16/ En dehors de la musique, quelles sont vos autres passions ? Avez-vous des hobbies ?

Apolonia : Grande archiviste musicale et collectionneuse de cassettes ici présente, ce qui devrait parfaitement faire sens au vu de ce qui a été dit plus haut. Je fais constamment des plans pour acquérir des cassettes obscures qui ne sont disponibles nulle part en version numérique, afin d’en préserver le contenu d’une disparition totale. Pour l’instant, je me consacre surtout à fouiller Internet à la recherche de musiques rares à partager, et à enrichir ma collection personnelle de cassettes, car le vinyle est coûteux et généralement moins amusant, et on ne peut pas vraiment l’aborder de manière DIY.


Natt : Je m’intéresse à l’occultisme, j’aime la mode, le dadaïsme et le cinéma étrange. J’étudie actuellement les études japonaises. Je suis fasciné par l’eroguro en tant que phénomène culturel, et j’aime observer le monde à travers ce prisme.


Din : Je fais du surf, je monte à cheval et je joue au solitaire.



17/ Vous êtes piégés dans mes griffes ; maintenant que je vous tiens, vous n’avez qu’une seule solution pour vous échapper : répondre à la question la plus importante et la plus terrifiante qui soit. Quels sont vos plats et boissons préférés ? Quel est votre plus mémorable lendemain de cuite (s’il y en a un) ? Pouvez-vous recommander un plat classique de votre pays (je connais déjà les pierogi et les pyzy) ?

Samson : Mon lendemain de cuite le plus mémorable remonte à environ un an, lors de l’anniversaire de Natt. Avant la soirée, Natt avait précisé qu’il ne pouvait héberger qu’une seule personne, et qu’un lit était réservé pour quiconque serait trop ivre pour rentrer chez soi. Deux de nos amis dormaient donc chez moi.

Tout se passait bien, mais vers la fin de la soirée, je discutais tranquillement en prenant de petites gorgées dans mon verre. J’avais malheureusement oublié qu’il contenait du Jägermeister pur. Quelques minutes plus tard, juste avant de partir, j’ai perdu connaissance.

Ironie du sort, c’est moi qui ai eu besoin du lit réservé, et mes deux amis n’ont pas pu rentrer seuls chez moi. Le lendemain matin, je me suis réveillé aux côtés des deux amis censés dormir chez moi et de Natt, tous entassés dans le lit de Natt comme une meute d’animaux sauvages.

J’ai vécu le pire lendemain de cuite de ma vie, mais je garde malgré tout un souvenir affectueux de cette soirée. Quant à la nourriture, j’aime les pierogi.


Apolonia : Je ne me retrouve pas aussi souvent en cuisine que je le souhaiterais, travaillant dans un lieu qui propose une nourriture correcte et y mangeant la plupart des jours. Mon plat préféré serait probablement, de manière générale, la cuisine moyen-orientale, aussi vaste et imprécise que puisse être ce terme.

La cuisine polonaise regorge de manières fascinantes d’ajouter de la viande ou d’autres restes animaux à des plats qui seraient tout à fait satisfaisants sans cela ; un certain degré de vigilance est donc requis si l’on ne souhaite pas consommer de carcasses.

Heureusement, il existe aussi de nombreuses options sûres, telles que les pierogi ou les pyzy farcis aux champignons, les placki ziemniaczane ou l’une des innombrables soupes polonaises. Soyez le changement que nous voulons voir et devenez végan dès aujourd’hui.


Natt : J’aime découvrir des cuisines du monde entier et je n’ai pas de plat favori particulier. J’apprécie toute boisson que l’on m’offre.

Je garde en mémoire des souvenirs d’ivresse comme de sobriété, et j’essaie d’oublier ceux des lendemains difficiles.

Pour le Nouvel An, nous avons organisé une fête sur le thème de la mythologie grecque chez nous, et vers quatre heures du matin, Prot et moi avons décidé d’aller dans un club gay. Le lendemain, je me suis réveillé nu, encore maquillé, avec les lumières toujours allumées. Je me souviens parfaitement des deux jours qui ont suivi.

Je me suis également senti très mal après avoir été drogué une fois ; ce n’est pas une histoire amusante, mais j’en profite pour rappeler à tous les lecteurs de rester attentifs à leur environnement et de veiller sur leurs amis, même dans des lieux et des communautés qui semblent familiers.

Mon plat polonais préféré est le sang et les larmes des polonais de droite.


Din : J’aime le lait.




18/ Si vous pouviez accomplir quelque chose d’impossible (comme jouer avec une légende disparue) avec Eat My Teeth, que serait-ce ?

Natt : Vivre de la musique.


Din : Si nous pouvions ressusciter les morts, je pense que nous pourrions inviter Prince à assurer la première partie avant nous.


Samson : Un jour, j’aimerais rencontrer Din dans la vraie vie.



19/ Nous arrivons malheureusement déjà à la fin. Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour les personnes qui lisent ces lignes ?

Natt : Restez fidèles à vous-mêmes et n’ayez pas peur d’exprimer ce que vous pensez. N’ayez pas peur non plus de changer d’avis. Faites les choses même si vous avez peur.

Vous pouvez consacrer votre énergie à la découverte et à l’expression de vous-même plutôt qu’à tenter de vous conformer à un cadre préétabli. Déconstruisez l’idée au lieu d’en changer simplement le nom ou la couleur.


Samson : Le dieu-machine doit être détruit.


Din : Il faut lire entre les lignes.


Apolonia : Ce fut un plaisir d’échanger avec toi, Florent, et merci à toi qui lis ces lignes. Souviens-toi que c’est toi qui construis ta scène locale : garde tes amis proches, connais tes priorités et reste prudent.



20/ Mes chers amis, il est temps de vous laisser partir. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à ce monstre d’interview. Je vous souhaite le meilleur et à très bientôt.
Bye 🦇😀


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