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Interview - THEN CAME THE RAIN - Janvier 2023



Then Came The Rain (TCTR) est un projet solo qui m'a particulièrement bluffé ces dernières années. Le nouvel album : Ravage, est un modèle de ce qu'un projet solo peut donner de meilleur. Actuellement basé à Poitiers, le très aimable Nicolas œuvre seul pour donner vie à ses créations de la plus belle des manières. Je suis très heureux de vous proposer cette première interview (de groupe) de l'année 2023 car TCTR est très certainement pour moi un des tous meilleurs projets solos de tous les temps. En tout cas c'est un de mes favoris !

Propos recueillis par Xzvrey en Janvier 2023.




1/ Salut Nico, j’espère que tu vas bien. Ton nouvel album « Ravage » est sorti depuis quelques mois à l’heure où je t’envoie cette interview. Es-tu satisfait des retours que tu as eu jusqu’à maintenant.

Salut Xzvrey ! Avant toute chose, merci de m'accueillir dans les colonnes de Jeu d'Ombre. Ca me fait très plaisir. Oui, 'Ravage' est sorti le 1er novembre dernier. Les retours sont excellents, j'en veux pour preuve les nombreux passages radio en Europe, aux Etats-Unis et jusqu'en Australie. Un bonheur n'arrivant jamais seul, l'album a été classé par pas mal de radios et podcasts nationaux et internationaux parmi les meilleurs albums de 2022. C'est important pour moi, car j'ai vraiment mis toute mon âme dans cet album qui est né dans la douleur, puisque ma mère est décédée au début de sa conception.



2/ L’une des premières choses qui me viennent à l’esprit quand je pense à Then Came The Rain (et je m’en excuse), c’est que tu es basé à Poitiers !!! Ma ville préférée hehe (je suis Dead Serious). Je me demande du coup : est-ce que cela fait longtemps que tu y résides ? le projet TCTR est-il né à Poitiers ou habitais-tu ailleurs au moment où l’idée a germée dans ta tête ?

Ravi que tu trouves ton compte à Poitiers ! C'est bien que des gens aiment cette ville, car on a souvent tendance à s'en moquer un peu, surtout depuis les grandes métropoles. Tu vois, c'est marrant, car je viens de t'énumérer la foule d'endroits où TCTR est écouté, mais paradoxalement, personne ne me connait à Poitiers. J'ai parfois brièvement vécu ailleurs, mais j'y suis toujours revenu, car c'est là que vivait ma famille. Le projet a effectivement vu le jour à Poitiers, mais en fin de compte, il aurait pu naître n'importe où. Je ne parle pas de Poitiers dans mes textes. Sur le dernier album, j'y fais quand-même allusion de façon très amère dans le titre 'No Western Skies'. La ville est toujours belle, mais j'y étouffe et j'aspire à des horizons plus vastes. J'y ai passé de grands moments dans les années 80/90/2000, mais la ville a changé depuis. A moins que ce soit moi qui aie changé... C'est possible aussi...



3/ Peux-tu, d’une manière plus générale, nous expliquer un peu l’histoire de ton projet s’il te plait ? Quelle est ta source de motivation et d’inspiration principale ? Tu es donc seul maître à bord si je comprends bien ?

TCTR est loin d'être ma première expérience musicale. A vrai dire, l'ancêtre de TCTR s'appelait 'Sludge', et c'était déjà un projet solo. Peut-être un peu plus bordélique, partant dans trop de directions musicales, et surtout bien moins produit et bien plus naïf. Mais si tu gommes les noms, tu vois tout de suite qu'il s'agit de la même personne et de la même atmosphère. C'est une évolution. Il m'a semblé important de changer de nom en 2017, car il existe environ un million de groupes qui s'appellent 'Sludge', sans parler du style musical metal qui vient en rajouter une couche ! Au moins, avec le nom Then Came The Rain, je suis tranquille ! C'est diffile d'expliquer pourquoi on fait de la musique. Pour ne pas mourir, ou plutôt quelque part pour laisser une petite trace de mon passage. Ma musique est une catharsis. Elle me permet d'évacuer ce qui bouillonne en moi, afin de pouvoir vivre à peu près normalement après. Oui, je suis seul aux commandes de ce projet. J'ai du mal à travailler avec autrui, ou disons plutôt que je n'ai jamais vraiment rencontré la ou les personnes avec lesquelles les choses iraient de soi. J'ai essayé, mais ça n'a pas fonctionné. Je fais donc tout en solo, que ce soit l'écriture, l'enregistrement, le mix, et même les pochettes. Finalement, la seule chose que je ne fais pas encore, c'est la fabrication du disque en tant que tel. Mais je compte bien racheter une usine de pressage pour le prochain album afin d'aller au bout du concept Do It Yourself !





4/ Quand on écoute ta musique, quelque chose de singulier se passe selon moi. D’un côté, on ressent pleins d’influences différentes tirées de toute l’histoire de la musique Goth et de l’autre, une touche toute personnelle et unique en son genre. Quel effet cela fait-t-il de savoir que, quelque part, quelqu’un admire ton travail musical et y voit une vision unique des musique sombres ?

Ca me fait très plaisir ! Ca signifie que ma musique a sans doute sa propre identité. J'écoute pas mal de choses provenant de la scène dark, mais pas exclusivement, toutefois. J'écoute aussi du western folk US, de la pop, même du heavy metal, et j'en passe. Ta réflexion me fait donc penser que j'ai dû bien digérer tout ce que j'ai dévoré. Ce qui compte pour moi, c'est la qualité de la composition. Je raisonne en terme de chansons, bien plus qu'en terme de genre. Ensuite, les sons qui me sont familiers, et qui proviennent souvent de la musique dark, viennent donner cette couleur aux chansons qui semblent plaire au public goth/cold. Mais l'atmosphère 'dark' de mes chansons réside davantage dans l'harmonie et le contrepoint que dans le son en tant que tel, je pense. J'ai déjà enregistré des compositions dans un format folk, sans aucun apport 'coldwave' et, crois-moi, ça a beau être acoustique, l'atmosphère reste très similaire. Ca a été compliqué de caser TCTR dans un genre. J'ai choisi 'coldwave', pour synthétiser, mais en fin de compte je pourrais vivre sans, si les étiquettes n'étaient pas si importantes pour drainer un public à soi.



5/ Tu as sorti deux albums pour le moment et aussi quelques singles. As-tu des projets pour les années à venir ? Je veux dire des idées d’album et des envies de compositions ?

J'ai déjà de nouvelles compositions qui se précisent, et d'autres qui sont même carrément terminées. J'avais déjà commencé la conception de 'Ravage' en faisant une pré-sélection de toutes les idées que j'avais dans mes tiroirs, et les tiroirs sont loin d'être vides. J'ai envie maintenant d'élargir le spectre musical, et d'apporter des teintes sonores qui ne sont pas conventionnellement 'dark' pour le prochain album, notamment un apport folk, à ma façon. Mais ce à quoi je pense est tellement éloigné de ce que je viens de réaliser avec le dernier album que je me demande s'il ne vaudrait pas mieux que j'en fasse un side-project... C'est une grande réflexion que j'ai depuis quelques temps. Pour le prochain album, j'utiliserai de toute façon de nouveaux types d'instruments qui apporteront un son différent.




6/ C’est une question délicate compte tenu du fait que TCTR est un projet solo mais : as-tu déjà pensé à faire des concerts un jour ? En as-tu déjà fait d’ailleurs ? Quelles seraient les contraintes d’une telle entreprise ?

Bien sûr que j'ai fait des concerts, mais surtout en tant que bassiste dans des formations parallèles. A l'époque de 'Sludge', j'ai aussi joué live avec un guitariste additionnel, mais comme je n'aime pas les backing tapes (et on en utilisait), ça n'était pas satisfaisant. Il faudrait un vrai groupe pour jouer du TCTR sur scène d'une façon qui me convienne. Et comme je reste un loup solitaire quand il s'agit de composer et d'enregistrer, il faudrait que ces hypothétiques musiciens acceptent de se contenter de la scène et de ce que je leur donne à jouer. Ca me semble assez compliqué sans passer pour un tyran. Ce serait antinomique, car je déteste la notion de 'pouvoir'. On verra bien de quoi demain est fait, mais pour le moment, la scène n'est pas à l'ordre du jour.



7/ Cette question peut sembler classique mais allons-y quand même : comment as-tu découvert les scènes Post-Punk/Goth ? Depuis quand navigues-tu dans ces eaux sombres nourries par les pluies diluviennes ?

J'ai eu la chance de grandir dans un monde fabuleux appelé les Eighties ! Je pouvais passer des heures chez les disquaires du coin à écouter du Asylum Party ou du Chameleons. Je me souviens avoir séché le lycée pour être le premier à Poitiers à acheter 'Disintegration' le matin de sa sortie. On n'avait pas vraiment besoin de chercher loin pour écouter de la Cold, à l'époque. Ca passait partout, même en boite. C'était accessible, et parfois même mainstream. 'Love Like Blood' de Killing Joke a quand-même été un tube qui passait à la radio trente fois par jour ! O tempora, o mores...



8/ Peux-tu citer quelques albums qui t’ont marqués dans ta vie de mélomane ? Dans le même ordre d’idée, est-ce que quelques albums récents ont particulièrement retenu ton attention ces dernières années ?

On va dire qu'on ne parle pas des grands classiques de l'axe Cure/Joy Division/Bauhaus/Siouxsie, car c'est une évidence pour tout le monde. Je citerai quand-même Depeche Mode, de 'Construction Time Again' à 'Violator', car c'est vraiment le groupe de ma vie. Je dirai aussi 'Borderline' de Asylum Party, 'Medusa' de Clan Of Xymox, 'Virus Meadow' de And Also The Trees... J'en oublie forcément une tonne ! J'écoute aussi des artistes éloignés de la mouvance post-punk. Parmi les albums que j'adore, 'Piece of Mind' de Iron Maiden, 'Rumours' de Fleetwood Mac, 'Starfish' de The Church. Entre autres... Ces dernières années, j'ai été très marqué par Winter Severity Index, qui est à mon avis au sommet de ce qui se fait en matière de musiques sombres. Le premier album, 'Slanting Ray', a déjà sa place dans la liste que je citais au départ. C'est pour moi un classique intemporel. Le dernier, 'Disgelo', est plus électronique mais c'est une splendeur également. J'ai aussi beaucoup aimé le 1er album de NOKTVA ou encore l'album 'Mischievous Urges' de Velvet Kills. Encore une fois, j'en oublie...




9/ Ton chant me rappelle beaucoup (et en bien) celui d’un autre projet solo que j’aime beaucoup : Shadowplay (oui comme le titre de joy Division). Ce projet est mené par Michael Scholz qui était le chanteur de Garden of Silence et surtout de Taste Of Decay, un groupe de Post-Punk underground que je vénère et dont nous reprenons un morceau avec mon propre groupe (The Last Oath). Je ne résiste pas à l’envie de te demander si tu connais ce chanteur et ses différentes réalisations ? Si tel n’est pas le cas et que cela te donne envie d’écouter un peu, peuxtu nous donner tes impressions s’il te plait ? [NDLR : merde la question fait 3Km :-/]

J'avoue que je ne connaissais pas autrement que de nom (pour Taste Of Decay, car j'ignorais même le nom des deux autres projets). Je sais que je ne sais rien, comme disait Socrate. Mais je suis évidemment allé écouter. Je comprends pourquoi tu dis ça, et pourtant tu n'as sans doute pas écouté 'Sludge'. Ca me fait vraiment penser aux premiers 'Sludge', dans le son. Mêmes sons de guitare, et effectivement une similarité certaine. C'est une intéressante coïncidence. Si j'avais croisé ce gars dans les années 80/90, on aurait de toute évidence eu des choses à se dire. Et c'est d'ailleurs toujours valable aujourd'hui, car on ne perd jamais vraiment de ses origines. 10/ Nous en sommes à la moitié. Faisons un break si tu le veux bien. Dans TCTR, il y a le mot « Rain », la pluie, en anglais. Personnellement, j’ai toujours adoré le climat assez pluvieux de Poitiers. Aimes-tu, toi aussi, te prendre une bonne grosse averse sur le figure au moment où tu l’attends le moins ? C'est vrai que j'ai pris quelques saucées mémorables sans les avoir vues venir à Poitiers ! Je n'ai pourtant jamais aimé la pluie. Je préfère la neige, mais il ne neige jamais à Poitiers. J'ai une certaine affection pour le brouillard. De l'autre côté du spectre, j'aime aussi le climat du désert de Sonora en Arizona. Et on a plus de chances d'y traverser une ville fantôme que dans la Vienne. Quoique...



11/ Revenons maintenant à quelque chose d’un peu plus centré sur ta musique. Peuxtu expliquer aux lecteurs·trice de Jeu D’Ombre, quels sont les thèmes principaux que tu abordes dans tes paroles ? Quels sont tes sujet de prédilection ?

Comme je te l'ai dit, je suis un loup solitaire. Mes chansons abordent souvent le thème de la solitude. 'Ghost fire' et 'Afterworld' par, exemple. J'écris aussi beaucoup sur le monde contemporain, qui est déjà une dystopie qui ne dit pas son nom. Le mode de fonctionnement de nos sociétés, où tout est sous contrôle en permanence, est déjà un clone de 1984. Mais comme nos rues et nos vieilles maisons ressemblent encore à ce qu'elles étaient il y a 50 ou 100 ans, on ne s'en rend pas toujours compte. Nous sommes du bétail. Certes, nous l'étions déjà par le passé, mais nous le sommes désormais à échelle industrielle, et l'épisode Covid a démontré à quel point les masses peuvent se soumettre à une autorité arbitraire, même quand celle-ci exige l'inacceptable. Tu retrouves ces thèmes dans 'Shock doctrine', 'Everything's gone black', mais aussi dans 'Dystopia' sur le premier album et sur le single 'Parallax error' (qui étaient pourtant antérieurs au Covid). Mes chansons évoquent aussi les actes manqués, les choses qu'on n'a pas accomplies, parfois les trahisons, souvent la nostalgie... Sur le premier album, 'Eigengrau', j'ai aussi écrit en m'inspirant de certaines oeuvres. 'No play boy' est une référénce à 'Shining'. 'Shamisen' évoque 'L'empire des sens'. Mais je ne l'ai pas refait pour 'Ravage', qui est un album vraiment trop intime pour l'exercice. L'inexorable avancée vers le passage de vie à trépas hante aussi mes textes. La mort en soi n'est pas vraiment un problème, ni un sujet dans mes chansons. Mais mourir est tout un art. C'est le moment de Vérité. Et pourtant, on sait en général que ce ne sera pas une très bonne journée !





12/ Comment organises-tu ton travail sur le projet ? Je veux dire par là : as-tu un planning bien défini du genre : le jour X : 3 heures de travail sur les guitares pour le morceau Y ? As-tu un home studio ? Es-tu équipé en termes d’instruments pour subvenir à tous les besoins du projet ? Enregistres-tu tout en autonomie ou fais-tu parfois appel à des musiciens de session ?

Je n'ai pas souvenir d'avoir un jour passé à bosser 3 heures de suite sur une partie instrumentale spécifique. Quand je sais où je vais, je suis assez rapide et efficace. Ce qui me demande le plus de temps concerne plutôt l'écriture et les arrangements d'un morceau. Je pars en général d'une démo simple, enregistrée avec une folk, sans effets, et je tisse ma toile avec cette ébauche. Il peut y avoir des exceptions, si un son très particulier vient à m'inspirer. Mais en général, c'est comme ça que ça se passe. Une fois le squelette élaboré, j'enregistre au propre. C'est un peu comme une esquisse et un dessin, en fin de compte. Parfois, il y a des petits aménagements en fonction des accidents heureux de l'enregistrement. Rien n'est figé. Le truc qui me fait toujours chier, c'est la programmation des drums, et c'est peut-être là-dessus que je passe le plus de temps, parce que je ne suis pas batteur. Je les fignole jusqu'au dernier moment, même quand tout le reste est enregistré. Les basses vont en général assez vite, vu que c'est l'instrument avec lequel j'ai débuté. Pour les guitares, je fais beaucoup de re-amping. Les voix se font toujours en dernier, généralement sur une session unique, de préférence dans le silence de la nuit. Je passe ensuite beaucoup de temps sur le mix. Je n'ai jamais eu recours à des musiciens extérieurs. Sur quatre ou cinq titres de mon répertoire, il y a des voix féminines en backing vocals, mais ça s'arrête là. Je fais tout avec un équipement de home-studio. Aujourd'hui, on peut arriver à sortir des productions de qualité en restant chez soi, du moment qu'on maîtrise un peu ce qu'on fait et qu'on connait ses outils. L'informatique a tout changé. Je suis en effet auto-suffisant en matière de matériel. Bien sûr, on a toujours envie d'une nouvelle guitare ou d'un nouveau micro, mais je ne me plains pas, et il y a plus mal loti. De toute façon, si la chanson est bonne, elle le sera même si la guitare n'est pas la meilleure. Et inversement, si le titre est mauvais, utiliser une guitare à 5000 balles n'en fera jamais un chef-d'oeuvre. On peut faire de très bonnes choses avec peu, du moment que la compo tient la route. J'ai vu l'autre jour une photo de Ronnie Moornings de Clan Of Xymox jouant sur une Harley Benton ! Ca confirme ce que je viens de dire, je pense...




13/ Tes albums sont signés chez Icy Cold Records, le label français spécialisé dans les scènes Post-Punk/Goth/Wave. Comment cette collaboration s’est-elle organisée ? Connaissais-tu Jean-Louis (le gérant du label) avant de développer TCTR ?

Je connaissais Jean-Louis Martel en tant que client des disques qui sortent sur Manic Depression. Ni plus ni moins. Il savait que je faisais quelque chose, et m'avait dit avoir aimé ce qu'il avait écouté. Mais ça en était resté là. Après avoir finalisé l'enregistrement du 1er album en 2018, je lui ai envoyé les titres, car je cherchais un label et j'étais intéressé pour sortir sur Manic. C'est alors qu'il m'a appris qu'il lançait Icy Cold, et qu'il aimerait que TCTR fasse partie de son écurie. J'ai accepté, et c'est comme ça que ça s'est passé. C'était les prémisces de Icy Cold. L'album 'Eigengrau' est la 2ème référence du label, et 'Ravage' la 95ème. Entre-temps, pas mal de beau monde est venu étoffer son catalogue. Tu le sais bien, d'ailleurs, puisque tu y es aussi avec Night Train To Nowhere ! ;)



14/Es-tu attentif aux productions récentes issues de l’underground Post-Punk/Goth ? Chaque année voit (selon moi) son lot de sorties démentielles, et ce depuis la fin des années 2000 (je trouve en tout cas que ces scènes se portent bien depuis 2010, simple avis personnel). As-tu le même ressenti ? Peux-tu nous dire ce que tu penses des scènes Post-Punk/Goth actuelles en général ?

Effectivement, la scène Post-Punk/Goth/Dark est très active en Europe. Aux EtatsUnis, ça bouillonne aussi. En France, on est toujours un peu à la traîne. A croire qu'ici, on considère que ce sont des musiques du passé. C'est dommage, et surtout c'est inexact. J'ai écouté de très bonnes choses ces dernières années : Winter Severity Index, comme je te le disais tout à l'heure. Ash Code sont bons aussi. Beaucoup d'Italiens. En France, j'aime bien Hanging Gardens. Je pourrais en citer d'autres. Après, il y a beaucoup de groupes qui mettent tout, ou tout du moins trop, dans l'attitude et dans le look, et j'ai parfois l'impression que c'est ça qui fait que ça fonctionne. Je n'aime pas les poses et les attitudes. C'est décevant que ce soit ça qui hype parfois le public. Plus important encore, je reproche parfois à certains groupes de se satisfaire d'une bonne idée initiale et de ne pas la développer. Un bon riff de départ, parfois, mais en boucle pendant 5 minutes. Une fois que ça a miraculeusement pris sur un single, ces mêmes groupes sortent ensuite des trucs qui n'ont musicalement aucun intérêt, mais avec le look et l'attitude qui vont bien. Et tout le monde se pâme. Ca, ça me désole. Je pense à un groupe en particulier que ne citerai pas, mais ça me démange. Ceci dit, c'était déjà le cas avec cette scène il y a 30 ou 40 ans, donc je ne pense pas que ce soit une question d'époque. Mais c'est dommage, et un peu paresseux. Il m'arrive de faire des choses répétitives, mais il se passe toujours quelque chose à un moment donné dans mes titres. Encore faut-il être patient et rentrer dedans. Ce que j'aime, c'est aussi le mélange des genres. Je pense à Ghost Poet, par exemple. Si tu aimes la coldwave, il y a de grandes chances que tu aimes un titre comme 'Live leave'. Pourtant, le mec n'essaye pas de singer qui que ce soit. Il fait son truc, et il se trouve que ça colle bien dans une playlist dark. Il y a vraiment de très bonnes choses dans la scène dark actuelle, et ce sont ceux qui en général ont le plus de personnalité. Mais il y a aussi beaucoup trop de clones, et ça, c'est plus dérangeant. A-t-on vraiment besoin de cent mille chanteurs qui ont exactement la même voix que celle d'Andrew Eldricht ? Moi ça me fait chier. Ca me rappelle le chanteur de The Essence, qui disait que ce n'était pas de sa faute si sa voix était la même que celle de Robert Smith. Je veux bien, mais par une mystérieuse coïncidence, ses chansons aussi étaient un ersatz de Cure, et même ses cheveux poussaient pareil ! ;)



15/ Nico, quel genre de personne es-tu ? Comment ton activité musicale se combine-telle avec ta vie personnelle quotidienne ? Qui es-tu en général ? Qu’est-ce que TCTR t’apporte personnellement ?

Qui suis-je ?... Attends, je vais m'allonger sur le divan ! Je pense qu'une partie de la réponse à ces questions réside dans mes textes. J'y parle beaucoup de mon ressenti au monde et de mon intimité, dans la limite de ce que je souhaite partager. Mais c'est à lire en filigrane. J'aime brouiller les pistes. On me dit excentrique, tout du moins original. On m'a demandé un jour si je vivais en faisant de la musique, j'ai répondu que si je n'en faisais pas, je ne pourrais pas vivre. C'est pourquoi les choses les plus importantes chez moi sont mes oreilles et mes doigts ! On parlait tout à l'heure de look et d'attitude, ce n'est pas une chose qui compte pour moi. Je suis vraiment le « boy-next-door ». Il m'arrive de sortir dans la rue tout de noir vêtu, mais c'est loin d'être un impératif. Je suis très réservé, assez sauvage et solitaire. Ce n'est pas un scoop si tu as lu mes paroles. Je suis cynique par rapport au monde, mais je préfère en rire, sinon je deviens dingue. De l'avis général, je suis assez drôle, mais mon humour peut être de temps en temps très noir, parfois même choquant. Comme je te le disais précédemment, TCTR, et toute la musique que je fais en général, est le véhicule de ma catharsis. C'est ça que ce projet m'apporte. Et si ça touche d'autres personnes, alors c'est parfait. Quand quelqu'un que je ne connais pas m'écrit de l'autre bout du monde pour me dire que ma musique l'a ému aux larmes, je me dis que je ne fais pas tout ça en vain et que je sers peut-être à quelque chose.



16/ Serais-tu un jour ouvert à l’idée de faire un split-album avec un autre groupe/projet solo issu des scènes Post-Punk/Goth ? Que penses-tu de ce genre de format?

Je t'avoue que je n'y ai jamais pensé. Pourquoi pas ?... Il faudrait quand-même qu'il y ait un lien fort entre les deux, un lien thématique par exemple, histoire de donner une vraie cohérence au projet. Au delà de ça, je serais bien tenté par une nouvelle collaboration, si tant est que je trouve la ou les bonnes personnes et que ça colle bien humainement et musicalement. J'ai participé à un morceau avec Marco Cattani, alias 'Chemical Waves', sur son album 'Stories from the world before'. J'ai fait un duo aux Etats-Unis en 2019, 'Lower Savage', cette fois-ci sur la longueur d'un album, mais cette page-là est désormais tournée. Ce qui m'intéresserait aussi, c'est de figurer sur une compilation tribute, à condition que j'aime le groupe en question, évidemment. Mais à chaque fois que j'en vois une sur laquelle je pense avoir ma place, elle est déjà sortie !



17/ Es-tu actif dans les scènes Post-Punk/Goth par d’autre biais ? Radio, zine, chroniques, télé, création d’une collection de vignettes panini dédiées exclusivement aux légendes des scènes Post-Punk/Goth ?

J'aime bien l'idée de l'album panini ! C'est une idée qui mérite d'être creusée ! ;) Plus sérieusement, j'ai écrit quelques articles il y a pas mal d'années pour un webzine belge qui s'appelait Pop-Rock. Il me semble aussi me souvenir avoir écrit une chronique dans Twice il y a plusieurs années. Mais ce ne fut qu'une expérience unique avec le fanzine de Clément, qui est un ami. J'attends sa chronique de 'Ravage', d'ailleurs ! ;)



18/ Nico, prépares-toi, il es l’heure de répondre à la question la plus dangereuse de Jeu D’Ombre : quels sont tes plats et boissons favori·te·s ? As-tu une recette spéciale TCTR ? Connais-tu le domaine de la Tour Beaumont et le domaine de Villemont ? Globalement aimes-tu le vin de Haut-Poitou ? Peux-tu nous recommander une autre petite production locale ? :-D [NDLR : ce sont deux producteurs de vin de Haut-Poitou que nous affectionnons tout particulièrement].

Ah ! Voilà LA question ! Eh bien tu vois, je ne dois pas être un bon Français, parce que je n'ai jamais été un grand fan de vins. Si je dois choisir, je préfère les Bourgogne, qui sont plus doux. Mais ce n'est vraiment pas mon truc. Je préfère de loin le Whiskey. Le Jack, évidemment, mais aussi le Maker's Mark ou le Monkey Shoulders. Neat (sans glace), et tu peux laisser la bouteille sur le comptoir ! ;) En ce qui concerne les productions locales, j'apprécie un bon Pineau, mais c'est déjà les Charentes, et pas le Poitou. J'aime aussi le thé et le café, hein ! Ne tire pas de conclusions hâtives ! Question bouffe, je vais être négatif et te dire d'abord ce que je n'aime pas : le poisson, les fruits de mer, et les salsifis ! J'adore la cuisine vietnamienne, mais aussi la japonaise (il n'y a pas que du poisson dedans), l'indienne, et l'italienne. Je suis plus salé que sucré.



19/ Souhaites-tu aborder un autre sujet ? C’est l’instant tribune libre pour les invités hehe donc tu as carte blanche.

Je pense à un truc tout simple, à l'attention des lectrices et des lecteurs, et qui pourtant ne va pas toujours de soi : achetez des disques ! C'est vraiment très important pour les 'petits' artistes. C'est d'une part ce qui nous permet de continuer, d'investir dans le prochain album, et d'autre part ça nous encourage. Je sais bien qu'on vit à l'heure du tout-numérique et du tout-virtuel. Les gens pensent, sans doute de bonne foi, qu'en payant 10 euros par mois à Deezer ou Spotify, ils aident les artistes. Ils n'aident hélas que U2, qui drainent des millions de lectures. Je pense pouvoir parler au nom de tous les artistes de mon envergure en disant qu'on n'imagine pas devenir millionnaires. Nous sommes lucides, et puis, ce n'est pas la raison pour laquelle nous faisons de la musique (en tout cas pas moi). Mais vendre un disque et récupérer un peu de notre investissement (car, oui, ça coûte de l'argent), ça signifie beaucoup pour nous. Et c'est bien d'avoir un disque physique. Je n'ai jamais autant aimé un disque que quand je l'avais vraiment entre les mains. Les versions numériques, c'est une bonne alternative, à condition de les acheter. Car je ne parle même pas de ceux qui piratent. 30 minutes après la sortie de 'Ravage' sur Bandcamp, j'ai vu un des morceaux de l'album sur une chaîne YouTube, alors que je n'avais pas encore fait une seule vente ! Encore une fois, téléchargez du U2 autant que vous voulez : même si ce n'est pas très bien d'un point de vue moral, ça ne changera vraiment pas leur vie. Mais pirater des 'petits' artistes, c'est vraiment moche. Bref, voilà, achetez la musique que vous écoutez !



20/ Nico, merci infiniment d’avoir accepté cette interview, ce fut pour moi un plaisir de te donner la parole car je ne cache pas une certaine admiration pour ton travail musical. J’espère que nous aurons à nouveau l’occasion de converser et il est certain que le zine suivra tes activités artistiques avec le plus grand intérêt :-D

À très bientôt j’espère ! Cheerz Merci pour l'intérêt que tu portes à ma musique, et pour tes questions pertinentes. Et à une prochaine fois, avec grand plaisir !






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